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Nombreux sont ceux et celles qui, nés ou non à Nivelles mais ayant passé dans ses murs la plus grande partie de leur vie active, ont assuré au fil des siècles la renommée internationale de la capitale du Roman Païs.

 

Artistes

GEORGES AGLANE

Un seul mot d'ordre toute sa vie durant, l'art sous toutes ses formes : dessin, gravure, peinture, lithographie, sculpture et médaillistique. Peintre en bâtiment, spécialiste comme son père dans la re-création de divers décors ornementaux, restaurateur à ses heures du patrimoine religieux, ce qui lui valut de perdre un oeil en tombant d'un échafaudage à Veurne, Georges Aglave, dit Aglane, va s'imposer par son symbolisme souvent déconcertant, alliant une sûreté du dessin à une inspiration sortant de l'ordinaire. Tenté assez tard par la réalisation de médailles, il est l'auteur d'une série d'oeuvres de haute tenue, dont quelques-unes commandées par la Communauté française de Belgique

LAURENT DELVAUX

1. Bibliographie

Milieu familial et jeunesse

Laurent Delvaux naquit à Gand le 17 janvier 1696. Il est issu d’une famille de militaires de carrière originaire du Brabant wallon (Herbais sous Marilles, près de Jodoigne). Son père et son grand-père furent officiers de cavalerie dans le régiment du comte de Mérode et marquis de Westerloo, passé en 1706 au service de l’Autriche. Sa mère, Françoise Chasselat, était vivandière et blanchisseuse dans le régiment de son mari. Le sort des armées a voulu que le régiment de Westerloo soit en garnison à la citadelle de Gand quand Laurent Delvaux vint au monde.
Selon ses biographes, il aurait été initié au dessin et à la technique du modelage par le sculpteur Gery Helderenberg d’origine anversoise établi à Gand. A 18 ans, il quitte Gand pour Bruxelles où il devient l’élève du sculpteur anversois Pierre-Denis Plumier (1688-1721), qui bien que très jeune, avait un grand talent et était devenu le premier sculpteur de la ville de Bruxelles, encore en cours de reconstruction à cette époque, suite au bombardement français de 1695.
 

Le séjour en Angleterre (1721-1728)

En 1721, Laurent Delvaux, qui a alors 25 ans, accompagne son maître Pierre-Denis Plumier à Londres, à l’invitation du Comte William Cadogan, alors en mission diplomatique dans les Pays-Bas.
L’Angleterre s’était alors dotée de l’organisation politique la plus libérale de l’époque et était en plein développement économique et industriel. Un puissant mécénat y attirait donc une foule d’artistes en provenance des Pays-Bas méridionaux. Ceux-ci se relevaient en effet difficilement de longues périodes de guerre qui les avaient ravagés depuis une cinquantaine d’années.
A peine arrivé depuis 6 mois en Angleterre, Pierre-Denis Plumier décède. Laurent Delvaux s’y associe alors avec un autre sculpteur anversois, Pierre Scheemakers le Jeune (1691-1781). Il y réalisera en collaboration avec son associé une première série d’œuvres pour divers lords, comtes et ducs, principalement des monuments funéraires pour l’église de l’abbaye de Westminster, mais aussi des statues monumentales en marbre (d’Hercule, du roi George Ier), des vases, etc..
Avec Pierre-Denis Plumier, Laurent Delvaux reçoit l’influence de la sculpture flamande de style baroque tardif, avec son réalisme teinté de maniérisme. En Angleterre, la haute société et les milieux artistiques de l’époque sont davantage tournés vers l’Antiquité et le classicisme de la Renaissance. C’est-ce qui poussa sans doute Laurent Delvaux et Pierre Scheemackers à partir en Italie, pour y compléter leur formation dans la tradition classique.

Le séjour en Italie (1728-1732)

A Rome, Laurent Delvaux parfait ses connaissances en copiant les œuvres maîtresses de l’Antiquité sous forme de «bozetti», mais aussi en marbre, à la demande de commanditaires anglais avec lesquels il est resté en relation. Il y étudie également la statuaire du baroque italien tardif, dont il fait de nombreux croquis.
A la demande de l’ambassadeur du Portugal auprès du Saint-Siège, il réalise en outre deux grandes statues d’ange pour la décoration de la basilique portugaise de Mafra. Mais surtout, il obtient la protection du cardinal Lorenzo Corsini, futur pape Clément XII, et du cardinal Melchior de Polignac, ambassadeur du roi de France.

Le retour dans les Pays-Bas (1732-1778)

A son retour dans les Pays-Bas du Sud en 1732, Laurent Delvaux s’installe d’abord à Bruxelles, et muni de ses recommandations romaines, obtient de l’archiduchesse Marie-Elisabeth, gouvernante générale et sœur de l’Empereur d’Autriche, le titre de sculpteur de la Cour. Ce titre lui sera renouvelé en 1750 par Charles-Alexandre de Lorraine, successeur de Marie-Elisabeth et beau-frère de la nouvelle impératrice Marie-Thérèse.
La période du gouvernorat général de Charles de Lorraine correspond à une nouvelle ère de prospérité pour les Pays-Bas méridionaux, et ce jusqu’aux premiers soubresauts du bouleversement final de l’Ancien Régime. Les grandes demeures et châteaux sont restaurés, notamment la résidence princière de Mariemont, et de nouveaux palais sont construits à l’usage du gouverneur général et de sa Cour, à Bruxelles et à Tervueren.

L’installation à Nivelles

Le 7 janvier 1734, Laurent Delvaux épouse à Nivelles Marie Agnès Colas, de 2 ans sa cadette, en l’église paroissiale St Jean l’Evangéliste (devenue St Nicolas et détruite par le bombardement de 1940).
Marie Agnès est issue d’une riche famille nivelloise et le couple s’installe dans une maison cossue, héritée par elle, qui était située sur la grand-place, à l’angle formé par celle-ci et la rue du Haubergeon. Son atelier fut d’abord établi à la rue Marlet, puis il le transféra dans une vaste maison lui appartenant dans la rue de Mons, tout près de la grand-place.
Son atelier est une ruche bourdonnante, où il exécutera de nombreuses commandes jusqu’à un âge avancé puisqu’il termine sa dernière grande œuvre, la chaire de vérité de l’abbatiale Ste Gertrude, en 1773, alors qu’il est dans sa 79ème année. Son activité s’y partage entre la réalisation d’œuvres profanes, surtout officielles, à la demande de la Cour, et religieuses, tant pour le Chapitre de Nivelles que pour diverses congrégations et autorités ecclésiastiques.
C’est alors qu’il réalise ses œuvres de maturité empreintes de mesure et de retenue, qui sont le reflet de son éclectisme et de son sens de l’équilibre, et où apparaît un style personnel qui mêle subtilement les influences du baroque romain, du baroque autochtone et du classicisme.

2. Œuvres majeures

Parmi les œuvres majeures exécutées par Laurent Delvaux dans son atelier de Nivelles, citons :
- le groupe sculpté de la Conversion de St Paul (1736),
- les trois chaires de vérité (ou chaires à prêcher) réalisées respectivement pour l’ancienne église nivelloise des Carmes (1743-1744), pour la cathédrale St Bavon à Gand (1741-1745) et pour la collégiale Ste Gertrude (1770-1772),
- les principaux éléments de la décoration en chêne sculpté de la collégiale Ste Gertrude, dont le tambour de la porte méridionale (1739) et ses deux allégories de la Force et de la Prudence, ainsi que quatre statues d’apôtres destinées aux piliers de la nef (1743-1750),
- le maître-autel de la chapelle du Saint-Sang du prieuré de Bois-Seigneur-Isaac, flanqué de deux anges adorateurs monumentaux (1752),
- la décoration sculptée de la façade du palais de Charles de Lorraine à Bruxelles (1763-1766), constituée de bas-reliefs, de figures féminines monumentales, de groupes d’enfants et d’un immense tympan,
- les groupes en marbre des Quatre Eléments et des Quatre Saisons (1760), réalisés pour le domaine du château de Tervuren (actuellement Musée royal de l’Afrique centrale),
- une majestueuse statue d’Hercule en marbre de la cage d’escalier d’honneur du palais de Bruxelles (1768-1770).

La production féconde de l’artiste ne se limite certes pas aux œuvres qui viennent d’être citées. Comme indiqué, il avait déjà acquis une grande notoriété en Angleterre et en Italie avant de s’installer à Nivelles. De surcroît, ses moyens d’expression ne se limitaient pas au travail du bois et du marbre, mais s’étendaient également au dessin et au modelage de la terre cuite et du plâtre. Cette production a été répertoriée et a fait l’objet de divers catalogues, dont et le plus récent et sans doute le plus complet, est celui qui a été établi par
Alain Jacobs dans son remarquable ouvrage sur Laurent Delvaux, publié en 1999 .

La personnalité et l’influence de Delvaux

Le 24 février 1778, Laurent Delvaux décédait à Nivelles dans sa 83ème année, et fut inhumé, selon sa volonté, dans l’église aujourd’hui disparue des Grands Carmes, vis-à-vis de sa chaire à prêcher. A la suppression de ce couvent, sa dépouille fut transférée au cimetière communal de Nivelles.
Le génie, le talent artistique et la force de travail de ce grand sculpteur lui avaient permis de s’enrichir considérablement et de léguer une grande fortune à son fils Jean Godefroid et à sa fille Anne Françoise. Il a toutefois su faire profiter son entourage de cette abondance. Il employait en effet toute une équipe d’ouvriers et d’artisans, et a formé dans son atelier plusieurs jeunes sculpteurs qui, par la suite, s’illustreront eux aussi et mèneront des carrières honorables : l’Anglais Joseph Wilton, les Nivellois Adrien-Joseph Anrion et Laurent Tamine, le Namurois Pierre-François Le Roy et enfin, le Bruxellois Gilles-Lambert Godecharle.
Il manifesta une grande indépendance vis-à-vis du monopole séculaire des corps de métiers (supprimé en 1773) qui obligeait les artistes à n’exercer leur art que sous étroite juridiction, ayant fait l’expérience des systèmes anglais et romain où ce monopole était dépassé, et s ‘étant prémuni en obtenant, dès son retour au pays, le titre de sculpteur de la Cour. De même, il prit ses distances à l’égard du système des académies créées au cours du 18e siècle.
Enfin, Laurent Delvaux influença toute une génération de sculpteurs des Pays-Bas née au milieu du 18e siècle; en font partie François-Joseph Janssens, le Brugeois Joseph Fernande (1741-1799), le gantois Charles-François Van Poucke (1740-1800) et, dans une certaine mesure aussi, le Malinois Jean-François Van Geel (1756-1830).

Œuvres visibles dans la collégiale Ste Gertrude :

- le groupe de la Conversion de St Paul (abside du chœur occidental),
- la chaire de vérité représentant Elie secouru par un ange au désert, quatre apôtres et l’agneau mystique (partie nord du transept occidental),
- la bienheureuse Ide et le bienheureux Pépin (transept occidental, piliers de croisée avec la baie de l’avant-corps);
- la chaire de vérité de la collégiale représentant Jésus et la Samaritaine conversant au puits de Jacob (nef, entre le 2e et le 3e pilier sud),
- tambour du portail sud avec les allégories de la Force et de la Prudence.

Ces œuvres sont plus amplement commentées ci-après. Sauf indication contraire dans le texte ou en note de bas de page, la documentation de référence en la matière est constituée par la brochure « Collégiale Ste Gertrude de Nivelles - Patrimoine mobilier » , rédigée par Mme M. Osterrieth, Conservatrice du Musée de Nivelles, et éditée par la Fabrique d’église de la collégiale.

Le groupe en chêne sculpté de la Conversion de St Paul (1736)

Il s’agit du retable de l’autel de l’ancienne église capitulaire St Paul (qui était aussi une église paroissiale).
Ce « tableau sculpté » met en scène avec beaucoup de vivacité la conversion de St Paul sur le chemin de Damas. Les attitudes dynamiques et la composition étudiée suggèrent l’intensité du drame et l’éblouissement de la lumière.
« …le temps s’est arrêté ; Saül est mort et Paul vient de naître! Le caractère éminemment dramatique de l’épisode - traduit, il est vrai, en termes apaisés - se maintient à travers une structuration fortement articulée de puissants effets plastiques qui révèlent clairement le souvenir du baroque romain et de l’art du Bernin… La rupture fondamentale du groupe de Nivelles avec la tradition baroque des Pays-Bas s’affirme par la retenue avec laquelle Delvaux exprime le drame, comme l’a fait un Bernin, au sein d’une composition soucieuse d’équilibre, à travers un langage de gestes et d’expressions mesurées. Le naturalisme des figures et la justesse des expressions sont ici remarquables… »

La chaire de vérité représentant Elie secouru par un ange au désert (1743-1744)

Cette oeuvre en chêne sculpté, provenant de l’ancienne église des Carmes, évoque un épisode de l’Ancien Testament. Le prophète Elie, considéré comme le patron de l’ordre des Carmes, s’est réfugié au désert. Epuisé, il est secouru par un ange qui lui apporte du pain et de l’eau, et se penche sur lui avec sollicitude.
Un tronc et des branches feuillues, traités avec naturalisme, portent la cuve et les superstructures. Les motifs décoratifs relèvent du style Louis XV (ou style rocaille, se caractérisant par une foisonnement de motifs floraux et naturalistes).

Quatre apôtres (1743-1750)

Ces quatre statues d’apôtres sur consoles sont en chêne. Accrochées jusqu’en 1940 aux piliers proches du transept oriental, elles orientaient, par leurs gestes et leur attitude les regards des fidèles vers le chœur.
Originellement, ces statues étaient peintes en blanc pour faire croire à du marbre !

L’agneau mystique (ou de l’apocalypse)

Cette œuvre en chêne est signée par L. Delvaux, mais n ‘est pas datée. Selon A. Jacobs, elle provient probablement de l’église St Paul où elle a dû orner, voire couronner le maître-autel.

Les bienheureux Ide (ou Itte) et Pépin (vers 1735)

Ces œuvres en chêne représentent respectivement la mère et le père de Ste Gertrude. Itte y est habillée en chanoinesse et portant le manteau d’hermine, de sorte que la tradition locale a considéré cette figure féminine comme étant sa fille, Ste Gertrude, 1ère abbesse de Nivelles, mais elle n’en possède pas les attributs (crosse, bible ouverte et rongeurs grimpant le long de sa robe).
Pépin de Landen, maire du palais du roi mérovingien Dagobert, est, lui, représenté sous l’apparence d’un empereur romain, dans une allure plus classique.

La chaire de vérité représentant Jésus et la Samaritaine conversant au puits de Jacob (1770-1772)

Il s’agit de la troisième chaire réalisée par Laurent Delvaux, après celles de l’église des Carmes et de la cathédrale St Bavon à Gand. Etant déjà âgé lorsqu’il en reçut la commande, il la réalisa en collaboration avec le sculpteur Philippe Lelièvre et le menuisier Nicolas Bonnet pour les parties en chêne, se réservant les sculptures en marbre blanc.
Les trois médaillons qui ornent la cuve illustrent les parabole du semeur, de l’Enfant prodigue et du Père de famille. On y relève un souci du détail qui donnent un contexte presque romanesque et merveilleux aux scènes décrites : la demeure familiale, un serviteur se tient prêt avec des vêtements de rechange, un trou dans le baluchon du Fils prodigue, le chien pose sa patte sur le bâton du Fils prodigue et a reconnu son maître…
Du point de vue artistique, l’œuvre combine plusieurs styles : baroque pour les superstructures, rocaille Louis XV pour les escaliers et classique Louis XVI pour la cuve. Le groupe sculpté, sobre et statique, annonce le néoclassicisme.

Le tambour du portail sud avec les allégories de la Force et de la Prudence (1739).

Démembrés à la suite du bombardement de 1940, les éléments qui constituaient ce tambour de porte, avaient été relégués dans les combles de la collégiale pendant plus de 50 ans. Ils ont été réinstallés à leur emplacement d’origine lors de la récente restauration du tambour réalisée par l’ébéniste de la ville Christian Patriarche, et achevée en 2004. Cet éminent restaurateur du patrimoine mobilier en bois sculpté de la collégiale a, depuis lors, été admis à la retraite.

Bibliographie :
- Laurent Delvaux, 1694-1778, Alain Jacobs éditions Arthéna, Paris, 1999
- Collégiale Ste Gertrude de Nivelles - Patrimoine mobilier », brochure éditée par la Fabrique d’église de la collégiale en l’année 2000.


Pierre HARDAT - Guide OTN

Politiciens

JEAN-BAPTISTE DANGONAU

Français d'origine, plein d'initiatives, politicien hors pair ayant réalisé le tour de force de s'imposer sous les régimes français, hollandais... et belge comme maire puis bourgmestre et après avoir été chassé à l'une ou l'autre reprise. Il est à l'origine de la création du parc de la Dodaine mais aussi de l'Académie de Musique, de l'Hôpital civil, de l'Hospice dans la foulée, etc.

Ecrivains - Poètes

ALBERT DU BOIS

Poète, dramaturge classique et partisan, lui aussi, d'une Wallonie tournée vers la France, Albert du Bois obtint le doctorat en droit dès 1895 et vint occuper une propriété maternelle, le château de Fonteneau, à Nivelles, en 1896. Polémiste à ses heures, il voulut éveiller les consciences wallonnes en les nourrissant de romans et de pièces de théâtre directement inspirés du monde classique : Le Cycle des Douze Génies, Les Romans de l'Hécatombe, L'Hérodienne, etc., pièce qui lui valut, en 1926, les honneurs de la Comédie-Française à laquelle il répondit en construisant et en gérant un théâtre de verdure destiné à accueillir les postulants de la grande compagnie.

JULES DE BURLET

Avocat de formation, élu député catholique de l'arrondissement de Nivelles, il dirigea, entre 1894 et 1896, un gouvernement d'obédience catholique qui se fit surtout remarquer par la réforme de la loi fondamentale des communes. Bourgmestre de sa ville, il fut aussi Ministre de la Justice, puis de l'Intérieur, Ministre plénipotentiaire au Portugal et enfin Ministre d'Etat.

MARGUERITE DE HAYNIN

Nommée abbesse en 1604, la 47ème en titre, elle va assister à la création du Séminaire cher à François Buisseret, alors évêque de Namur, à l'installation des Jésuites, heureux héritiers de l'église Saint-Georges désaffectée puis enseignants au Séminaire, et enfin à l'installation des Capucins en ville. Généreuse et philanthrope, Marguerite de Haynin crée, de ses propres deniers, la Maison des Orphelins, dont la pierre de fondation fait partie du lapidaire ornant la cour intérieure du Musée communal.

EMILE DE LALIEUX DE LA ROCQ

emile_de_lalieuxDocteur en droit, vite intéressé par la politique, il est conseiller communal au lendemain de ses 28 ans et bourgmestre 5 années après, soit 1895, poste qu'il ne quittera, contraint et forcé, qu'en 1917. Député catholique, militant, président remarqué des Associations catholiques de l'Arrondissement, il prend la défense des moins favorisés, ce qui lui vaudra la déportation... et la mort par maladie.

Mécènes

Marbriano DE ORTO, (Dujardin)

Marbrien de Orto, enfant illégitime d'un prêtre, est né dans les environs de Tournai en 1460.
Il a passé sa jeunesse dans le diocèse de Tournai où il a été élevé et éduqué.
Il devient chanteur à la chapelle papale à Rome en 1483, où il a servi trois papes (Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI). Il est particulièrement apprécié du pape Innocent VIII qui le relève du péché de sa naissance illégitime ( ? ), lui accorde un revenu de l'évêché de Tournai et le nomme Doyen de Nivelles (bulle papale de juillet 1496).
Il quitte Rome et s'établit réellement en 1499 à la collégiale Ste-Gertrude de Nivelles.
En 1505, de Orto devient premier chapelain de Philippe Ier le Beau, souverain des Pays-Bas, signe de d'une grande appréciation. A la mort de Philippe le Beau en 1506, il entre au service de Marguerite d'Autriche, régente des Pays-Bas pour le futur Charles Quint.
En 1509, il est premier chapelain de Charles Quint, fonction qu'il assume à temps partiel (6 mois par an) ; en effet, outre ses fonctions de premier chapelain et de Doyen de Nivelles, il fut également nommé chanoine à la cathédrale à Anvers et à la collégiale Ste-Gudule à Bruxelles.
Marbrien de Orto décède en février 1529 et est enterré dans la collégiale Ste-Gertrude de Nivelles (sa pierre tombale a été détruite durant le bombardement du 14 mai 1940).

de Orto musicien

On lui doit cinq messes polyphoniques (en cantus firmus, pour les érudits), des motets et des chansons sur des mélodies populaires, celles-ci figurent dans deux manuscrits "Albums poétiques de Marguerite d'Autriche".

de Orto et Nivelles

de Orto a fait don à la collégiale de divers éléments dont les plus connus sont le coffre-armoire en laiton, en forme de châsse placé sur l'édicule situé dans le fond du chœur oriental, de la balustrade en laiton qui l'entoure, d'un grand lutrin en bronze, en forme d'aigle aux ailes déployées, d'un grand chandelier à sept branches, en bronze également. Ces deux derniers objets semblent avoir disparu.
Le coffre-armoire a abrité la châsse de Ste-Gertrude jusqu'en l'an 2000 ; elle est munie de portes qui étaient ouvertes lors des grandes fêtes afin que la foule puisse apercevoir la châsse. L'armoire et la balustrade ont subi à plusieurs reprises des restaurations, essentiellement afin de rendre sa brillance au laiton, et lui donner un aspect proche de celui de l'or ; la tourelle posée au sommet de l'armoire a également été remplacée.

A propos de l'édicule supportant le coffre-armoire

La châsse gothique fut vraisemblablement exposée à l'origine sur un support en pierre bleue situé derrière l'autel majeur, au fond du chœur oriental : voir la représentation que Thonon en fait sur les bas-reliefs de son retable.
Ce support avait disparu quand A. Verhaegen a entrepris ses travaux de rénovation du chœur à la fin du XIXème siècle ; mais il découvrit sous le pavement du chœur des éléments de pierre sculptée (chapiteaux, éléments de colonnettes…) qu'il data du XIIIème siècle. C'est sur la base de ces éléments et de recherches comparatives qu'il établit l'édicule actuel, en style du XIIIème, au fond du chœur.
A noter que l'édicule fut démonté en 1955 et placé dans le bras nord du transept oriental (chœur des Dames) ; aujourd'hui, il a retrouvé sa place originelle dans le chœur oriental. Journée du Patrimoine 2008 - A. De Ro (guide OTN)

SAINTE GERTRUDE

Fille cadette de Pépin le Vieux et d'Itte (ou Iduberge) d'Aquitaine, première abbesse de l'abbaye de Nivelles, elle a toujours voulu se consacrer à Dieu et y est parvenue à force de sacrifices et de don de soi. Elle est devenue la patronne d'adoption de la ville de Nivelles, où elle est enterrée d'ailleurs, ses restes faisant l'objet d'un pèlerinage toujours vivace, le Tour Sainte-Gertrude. Sanctifiée probablement dans le courant du 12ème siècle.

Hubert Kersan

Hubert KERSAN

Humaniste et théologien, de la fin du 15ème au début du 16ème siècle, traducteur d’Erasme, Hubert Kersan incarne bien l’homme de son temps.

Chanoine sous l’abbatiat de Marguerite Destourmel, il est, à Nivelles, une des lumières de la Renaissance. Il soutient la rénovation littéraire, scientifique et artistique de l’époque et adhère aux idées humanistes qui révolutionnent cette époque.
Il est un des premiers à traduire, du latin en français, les « Epîtres de st Paul » et « les Epîtres canoniques ».
Selon l’article de J. S. van den Gheyn,, publié dans la revue « histoire ecclésiastique » n°1-2ème année, la Bibliothèque nationale possède document un manuscrit de la traduction des épîtres de St Paul et épîtres canoniques, numéroté 10207-8, J.
Dés leurs apparitions, elles connaissent un franc succès. Les éditions se multiplient ainsi que les différentes versions surtout en allemand et en flamand. De 1517 à 1521, il traduit, du latin en français, la « Paraphrase d’Erasme ».

Monument funéraire d'Hubert KERSAN

Le monument est le reflet de cette brillante époque qu’est la Renaissance où l’homme devient le centre du monde.

De la redécouverte de l’antiquité proviennent les mufles de lions, les caryatides, les chapiteaux doriques.
Avec la Renaissance apparaissent les colonnes composites, les plafonds à caissons, les cuirs et ferrures…

Ce monument polychrome sculpté en pierre mesure 4m. de haut et 1,30m. de large. C’est aussi une composition remarquable avec personnage en haut-relief, toute une lecture.

La voici de haut en bas :
St Hubert, placé sur un piédestal daté de 1553, surplombe le monument. Il est représenté en empereur romain, un cerf crucifère à ses pieds.

En dessous du saint, le fronton supporte deux anges disposés comme le Jour et la Nuit de Michel-Ange. Ils entourent Dieu le père.

Un étage plus bas, deux belles cariatides, coiffées d’un chapiteau ionien, sont placées de part et d’autre d’un cintre. Dans de celui-ci, Dieu le fils, triomphant, sort du tombeau. Aux côtés du Christ, les gardes romains sont effrayés par la résurrection.
Sous le cintre, la représentation principal « l’ Ecce Homo ». Ponce Pilate présente à la foule un Jésus pitoyable. Celle-ci crie à la mise de mort. A droite, une tour borde la scène, un citoyen regarde par la fenêtre. A l’avant plan, devant la foule bariolée, un enfant présente un fruit à un petit singe. Au loin une représentation de Jérusalem. Le ciel de couleur or et on y voit des angelots.

Situé sous cette scène de condamnation à mort, un transi. Il représente Hubert Kersan sur son lit de mort.
Contrairement au gisant, habituellement représenté par un personnage couché et endormi, dans une attitude béate ou souriante, le transi est une sculpture funéraire qui figure un personnage mort, se décomposant. Ce réalisme sera, plus tard, exacerbé avec des représentations de corps dévorés par les vers.
Le réalisme de notre transi est plus subtil, le visage d’Hubert Kersan ,avec ses traits figés, ses yeux fermés et creusés, évoque l’après mort. Sous la cage thoracique, les bras sont déposés sur le ventre qui se creuse.

Un calice, représentant la prêtrise, est placé à côté du mort. Ce symbole est toujours d’actualité sur les tombes des prêtres de nos cimetières.

Les monuments funéraires médiévaux représentent des personnages couchés ou endormis, paisibles, béats. Le transi marque une cassure avec l'art funéraire du Moyen Age. Il représente la mort du corps, enveloppe sans importance.

En décodant ce monument, on constate que l’on fait référence au symbolisme fondamental de la bible « après la mort, la renaissance ».

En dessous, dans un décor de cuirs et de ferrures, se trouve un cartouche explicatif. Y figurent : la raison du monument, les noms du défunt et du mécène, les titres et les dates.

Cy devant gist sire hubert kerssan chanoine de céans et chapelain de très noble et vertueuse dame madame marguerite destournel et trépassa le XVII de JUG lan de grace Mil Ve LXXIII duquel la mère marie henri : gisante en leglise des cordelier trépassa XXVII de feburir lan MVe et XXVII

Jeannine SABATINI
Guide OTN

AUGUSTE LEVEQUE

Avant tout peintre symboliste (Job / Mater Dolorosa / Les Provinces belges...), il fut tour à tour poète, écrivain dialectal et sculpteur. Connu pour son caractère entier, il vendit quelques oeuvres à sa ville, en 1922, avant de partir en "exil". Une exposition destinée à ranimer son souvenir a été organisée en 1994, au grand éblouissement des connaisseurs. Et c'est si vrai que Sotheby's vient de vendre, une de ses toiles à un musée taïwanais pour la somme respectable de 3.3465,63€

SAINTE MARIE DE NIVELLES

Née dans une maison sise rue de Mons, elle épousa dès l'âge de 14 ans un jeune homme de la ville, sans cependant consommer leur union. Tous deux résolus à faire le bien de leur entourage, ils prirent en charge une léproserie au lieu-dit Willambroux, où se dressaient les huttes des lépreux.

En plein accord avec son époux, elle s'isola à Oignies, près de Aiseau, en bord de Sambre, et y fonda un prieuré où se rassemblèrent bientôt quelques femmes membres du mouvement béguinal alors en pleine extension.

HENRI PAUWELS

Attiré par le social depuis toujours, Henri Pauwelz sera un syndicaliste dans l'âme. Amoureux de sa ville natale il fut président de la CSC et nommé Ministre des Victimes de la Guerre.

Envoyé en mission en Amérique du Nord, il figurera parmi les victimes. L'avion s'étant écrasé dans les forêts de l'ile de Terre-Neuve (Canada) près de Gander.

EMMANUEL-HENRI-JOSEPH PLON

Formé à la discipline typographique par son père alors établi à Ath, puis à Mons, il va répondre en 1773 aux sollicitations de l'administration communale de Nivelles, à la fois comme libraire et comme imprimeur. Il est fin prêt au début de l'année 1774. En 1804, la petitesse de la librairie-imprimerie et les perspectives très restreintes d'expansion économique amenèrent les enfants d'Emmanuel Plon à envisager soit l'exil, soit la reconversion dans d'autres activités plus lucratives.

Son fils Henri gagna Paris où il fit carrière d'imprimeur, son fils Philippe parvenant à y imposer la maison d'édition (rue Garancière, 8) qu'on y connaît encore comme une des plus actives et renommées, même si demeure seul le nom inscrit en façade.

JOSEPH SEUTIN (docteur)

Joseph Seutin Vivement intéressé dès son plus jeune âge par tout ce qui concerne la médecine, le bachelier Joseph va faire ses premières armes de chirurgien lors de l'ultime conflit napoléonien de 1814-1815, victime comme beaucoup de jeunes de la terrible loi de conscription. Effrayé par le nombre incalculable de combattants touchés aux membres, il met au point une méthode d'immobilisation des os cassés (amovo-inamovible), ancêtre de notre "plâtre" actuel.

Devenu spécialiste en matière d'accouchement, il obtient une chaire à la toute nouvelle Université de Bruxelles. Promu baron, il sera pourtant écarté des grands hôpitaux de la capitale, ce qui va l'amener à consacrer ses moyens financiers à la prospérité de sa ville natale : école gardienne, Bureau de Bienfaisance, restauration de la fontaine gothique.

JEAN THONON II, dit Jean le cadet appelé aussi Thomas de Dinant.

Par testament, Madame de Haynin, abbesse de 1604 à 1623, légua 1000 florins pour l’établissement d’un nouveau retable en albâtre derrière le maître-autel (dans le chœur). Il est l’œuvre de Jean Thonon de Dinant. Contrat d’exécution 1629.

Jean Thonon, né à Dinant en 1610, mort à Liège en 1673, semble bien jeune à cette époque pour réaliser une œuvre d’une telle maturité. La plupart de ses sculptures ont été détruites lors de l’incendie de l’ancienne cathédrale de Liège. La comparaison est donc difficile. Mais son père porte la même patronyme et ce Jean Thonon I dit Jean l’aîné a réalisé la plus grande partie de son œuvre de 1615 à 1629.

Ce retable en albâtre (venu directement d’Italie) de style Renaissance est formé de colonnes corinthiennes de jaspe, d’un portique de marbre noir incrusté de huit petits bas-reliefs d’albâtre (représentant les miracles et légendes de Saint Gertrude), surmonté de chérubins et des statues - actuellement dans la salle impériale - de saint Pierre portant les clefs de l’Eglise et du paradis, et de sainte Gertrude en abbesse (costume 17°s) avec son livre, sa crosse et un rongeur grimpant. Au centre, une niche en creux servait de reposoir pour le Saint-Sacrement.

Aujourd’hui ce retable se retrouve dans le bras sud du transept.
D’influence Renaissance italienne (voir Jean Mone à l’église Saint Martin à Hal) à l’époque pré-baroque, le monument vaut par la qualité de son ciselé. Sur une petite profondeur, l’artiste a su donner un perspective généreuse. Chaque scène principale se détache sur plusieurs strates de décors réalisées sur quelques centimètres d’épaisseur.

Cécile BAERT - Yvon MALVE
Guides OTN

Marquis de Trazegnies

Fin 17e siècle, Le mausolée, de plus de 7m, sculpté par Kerricx de Termonde fut commandé par Albert François de Trazegnies (…1699), prévôt de Nivelles, en souvenir et de son frère Ferdinand François, chanoine de Tournai et d’Anderlecht, chancelier de l’université. Sur ses côtés, les sculptures-portraits de sa tante Anne, chanoinesse à Nivelles, (1667) et de sa nièce Jacqueline (1680). Sur un catafalque démesuré les deux frères, à gauche le prévôt de Nivelles, à droite le chanoine de Tournai.
On y voit, comme fronton, 2 torches renversées symbolisant la mort et un sablier le temps qui passe. De chaque côté un angelot l’un triste et l’autre rayonnant.

Biographie des Marquis de Trazegnies

Trazegnies fut le siège d'une puissante seigneurie indépendante à la limite du duché de Brabant, du comté de Hainaut, et de la principauté de Liège, ainsi que le berceau d'une des plus illustres familles d'Europe : plusieurs seigneurs de Trazegnies participèrent aux croisades, l'un d'eux (Gilles le Brun) fut connétable de France sous saint Louis, un autre épousa par procuration au nom de Charles Quint l'infante du Portugal, Isabelle de Portugal; Jean III fut nommé chevalier de la Toison d’Or et d'autres furent investis de hautes fonctions par les gouverneurs des Pays-Bas

Famille dont on retrouve l’origine dès 1105. Leur nom est cité en premier lieu comme seigneur, puis comme barons et finalement marquis de Trazegnies.
1105
Trazegnies, une terre franche et libre, devient le berceau d’une des plus illustres familles d’Europe : les Blicquy Trazegnies.
 

1135-1137
Un certain Othon I de Trazegnies épouse une princesse héritant des droits de cette terre franche de Trazegnies. Plus tard avec les descendants Othon et Gilles, Trazegnies devient une principauté indépendante avec un "castrum", un château-forteresse de très grandes dimensions. Il est, avec une enceinte de terre et un donjon, considéré comme imprenable. Les Trazegnies s'y maintiendront jusqu'au XVIIIième siècle.

XIVième
Les Ducs de Brabant s'efforceront par tous les moyens de s'attribuer cette terre. Le mariage d'un Duc de Brabant et d’une Trazegnies permis d'ajouter le Lion du Brabant dans leurs armoiries.

1891
A la mort du Marquis Alexandre de Trazegnies, le domaine passa à sa nièce, fut vendu et morcelé.

1926
Une association, "Les Amis du Château de Trazegnies", s'activa à sa restauration et conservation du domaine, alors en ruine.

2008
2 branches des Trazegnies subsistent : celle de Gillion (1172-1817) et de Charles (1744-1858). Ce sont celles qui nous intéressent.

Personnages du mausolée
Le mausolée de la collégiale est un peu austère, pourtant son origine découle d’ une histoire d'amour.
Les deux familles avaient des liens très étroits avec le chapitre de Ste Gertrude de Nivelles, ce qui justifie la raison de ce mausolée dans cette collégiale de Nivelles.
Gillion Othon II , marquis de Trazegnies, avait une sœur, Anne de Trazegnies, chanoinesse à Nivelles. L'épouse du marquis, Jacqueline de Lalaing, avait 5 sœurs, dont 2 chanoinesses à Mons et les 3 autres étaient moniales.
Gillion Othon II et Jacqueline de Lalaing eurent 8 enfants (1631-1653).
Celui qui nous intéresse, Procope, né en 1638, fait un mariage d'amour avec Louise Marie D'Aragon.
Ce mariage lui ouvre les portes de la haute société italienne et espagnole. Malheureusement Louise meurt en couche en décembre 1660. Désespéré, Procope confie sa fille Jacqueline à sa famille. Il meurt 3 ans après sa jeune épouse. La petite est élevée à Trazegnies et fait le bonheur de tous. La famille espérait un mariage brillant pour elle, mais elle meurt non mariée en 1680.

1699
Albert François de Trazegnies, frère de Procope, prévôt de Nivelles, fit ériger par le sculpteur Kerricx de Termonde (1652-1719) en souvenir de son frère Ferdinand François, chanoine de Tournai (1684).
Y sont jointes sa tante Anne, chanoinesse à Nivelles, (1667) et sa nièce Jacqueline (1680), fille de Procope, dont on ne sait rien de plus d’elle que la période triste de son enfance.

La devise sur l'écusson : D O M "tant que vive".

Jeannine TAERWE et Angela CURRIE-CLARK - Guides OTN

JOHANNES TINCTORIS

Le nom de Johannes Tinctoris est généralement associé à l’histoire de la théorie musicale. Auteur du premier dictionnaire des termes musicaux ( Terminorum musicœ diffinitorium, 1495 ), il a rédigé plus d’une dizaine de traités qui couvrent tous les aspects de la pratique musicale de la seconde moitié du XVe siècle, des règles de contrepoint (Liber de arte Contrapuncti, 1477) à l’histoire de la musique (De inventione et usu musicae, 1480) en passant par une proposition de réforme de la notation (Liber imperfectionum notarum musicalium, 1475). A elle seule, cette contribution à la théorie suffit à justifier l’importance accordée à ce Brabançon de naissance. Il y a malheureusement un revers à cette gloire : les autres activités de Tinctoris vivent dans l’ombre de ses écrits. Et ces activités furent nombreuses.

Johannes Tinctoris naquit à Braine-l’Alleud entre 1430 et 1435. Fils d’un échevin de Braine, il semble avoir reçu une éducation solide, tant générale que musicale.

Si aucun document n’atteste d’une activité avant son passage à la cathédrale de Cambrai en 1459-1460, rien n’interdit de supposer qu’il fut peut-être actif à Saint-Vincent de Soignies ou à Sainte-Gertrude de Nivelles. En 1460, il est "succentor " à la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, avant d’y devenir, en 1463, maître de chœur. Cette même année, le 1er avril, il est nommé procureur de la Nation germanique à l’Université d’Orléans, poste important qui révèle une autre facette de la personnalité du théoricien, celle d’un expert en droit. Sans doute est-ce cette double compétence de juriste et de compositeur qui incita le roi Ferdinand 1er de Naples à engager Tinctoris au titre de "capellanus ". Aucun document ne permet cependant de préciser à quel moment Tinctoris part pour Naples. Tout au plus peut-on présumer qu’il y arrive vers 1472. A Naples, Tinctoris est non seulement chargé de la chapelle musicale et conseiller juridique, il est également maître de musique de Béatrice, la fille du roi. Sa position privilégiée à la cour aragonaise l’a sans doute amené à effectuer plusieurs missions hors de Naples. Mais, une fois encore, il semble difficile d’en fournir une liste détaillée. Tinctoris n’a pas rompu tous les liens avec le Nord. Il aurait effectué une visite à Bruges en 1487. Il jouit également d’un bénéfice relativement important puisqu’il est cité comme chanoine de la Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles. Entre la fin des années 1480 et 1511, date supposée de la mort du célèbre théoricien, rien n’éclaire sur ses activités.

De Tinctoris, les sources n’ont pas conservé un grand nombre de compositions : quatre messes dont une incomplète (trois Missa Sine nomine et une Missa L’homme armé), tout autant de motets et neuf pièces profanes. A ce corpus relativement maigre, il convient d’ajouter les exemples que Tinctoris a composés pour ses traités ; exemples qui dépassent souvent leur fonction illustrative.

Le manuscrit de Verone (Bibl.Capitolare, Ms DCCLV) contient une des deux Missa Sine nomine à trois voix de Tinctoris. Elle y figure sous le titre de Missa 3 vocum secundi toni irregularis cum contratenore extra manum in diapenthe sub ut. S’il est plus que probable que Tinctoris n’a pas fourni ce titre, il n’en demeure pas moins que celui-ci reprend dans sa formulation des termes utilisés par le compositeur dans ses traités, termes qui méritent quelques éclaircissements en ce qu’ils définissent le projet de cette messe.

Il s’agit d’abord d’une messe à trois voix : un cantus noté en clef de ténor, un ténor noté en clef de basse et un contraténor noté en clef de gamma (la clef de gamma est une clef de sol sur la troisième ligne et indique le recours à une voix grave, une quinte plus bas que la clef de basse habituelle). Le titre précise également que cette messe est composée dans le " secundi toni irregularis ", dans un deuxième ton irrégulier.

Le Terminorum apprend qu’un mode est irrégulier lorsqu’il emprunte sa finale à un mode . Même si cette définition reste vague (s’agit-il d’un mode traité normalement excepté pour la finale ou s’agit-il d’un mode transposé ?), il n’en reste pas moins que cette messe est en Ut protus, un mode dorien transposé, qui n’apparaît qu’exceptionnellement au XVe siècle (deux autres exemples connus).

La prticularité de ce mode d’Ut protus est qu’il suppose deux transpositions, à la quarte supérieur et à la quinte inférieure (de ré à sol et de sol à ut) et l’exploitation d’un ambitus différent. Ces irrégularités (" irregularis ") dans le traitement du mode n’enfreignent cependant pas les règles prescrites par Tinctoris dans ses traités: chaque voix respecte sa propre unité modale, mais, en plus, la combinaison des premier et deuxième modes dans leurs formes irrégulières crée un mélange authente-plagal qu’autorise le théoricien. La dernière partie de l’intitulé, " avec le contraténor hors la main, un quinte plus bas ", justifie que le contraténor descende fréquemment jusqu’à l’ut grave, voire même au si bémol grave, conférant à cette messe sa couleur particulière.

La Missa L’homme armé (Vatican, Capp.Sist.,Cod.35) n’est pas non plus exempte de particularités.

Si elle s’intègre, par bien des aspects, dans la tradition des messes sur ce célèbre cantus firmus, elle recourt à deux reprises (dans le Kyrie et dans le Sanctus) à des tropes. Cette interpolation explique le titre parfois donné à cette messe : Missa Cunctorum plasmator summus. Dans la Kyrie, les neufs prosulae du trope sont distribuées de manière égale entre les trois sections (trois pour le Kyrie 1, trois pour le Christe, trois pour le Kyrie 2).

Le texte " Cunctorum plasmator summus " est connu par ailleurs et ne possède probablement pas de fonction liturgique. Les tropes du Sanctus s’avèrent être une paraphrase du livre d’Israël (6 : 3) ; celles de l’Hosanna puisent à plusieurs sources du Nouveau Testament, tandis que les tropes du Benedictus sont originales. Le caractère unique de ces tropes laisse penser que Tinctoris a pu en être l’auteur, suggestion que confirme la maîtrise de la langue latine dont il fait preuve dans ses écrits théoriques.

Ni les irrégularités de la messe à trois voix (parmi lesquelles il convient également de signaler le Credo tronqué), ni les tropes de la Missa L’homme armé ne fournissent des éléments de datation, d’autant que les deux messes recourent à des pratiques qui n’ont rien d’unique. Johannes Regis (ca. 1430 - ca. 1485) a intégré des textes extérieurs à l’ordinaire dans sa Missa Dum sacrum mysterium (également une Missa L’homme armé) ; plusieurs compositeurs exploitent, dans la seconde moitié du XVe siècle, des tessitures graves, impliquant l’usage des clefs inhabituelles, dans leurs messes (dont Johannes Ockeghem).

De plus, si Tinctoris évoque fréquemment les oeuvres de ses prédécesseurs et contemporains dans ses traités, il ne parle qu’exceptionnellement de ses propres compositions "La Missa L’homme armé" a suscité plusieurs tentatives de datation.

En 1492, époque à laquelle le manuscrit du Vatican dans lequel figure la "Missa L’homme armé" a été compilé, Tinctoris se serait trouvé à Rome pour l’intronisation du pape Alexandre VI, cérémonie à laquelle il aurait collaboré. Par ailleurs certains musicologues ont tissé des liens entre certaines messes sur le cantus firmus " L’Homme armé " et l’Ordre de la Toison d’Or.

Or non seulement Tinctoris travaillait pour un membre éminent de cet ordre, le roi Ferdinand de Naples, mais en plus avait été chargé d’en traduire les statuts. Si rien ne permet de situer plus précisément la composition de la Missa L’homme armé, en revanche, il semble acquis que la Missa Sine nomine a été composée pour le roi Ferdinand. C’est ce que laisse supposer le distique noté en tête de la messe dans le manuscrit de Vérone: " Ferdinande sacer inter divos referende cantica tintoris suscipe parva tui " (" O Ferdinand, suffisamment saint pour compter parmi les dieux, accepte ces petites compositions de ton Tinctoris ").

Tinctoris est un compositeur inspiré qui parvient à un juste équilibre entre une inspiration foisonnante et une maîtrise des procédés techniques. Ces deux messes le démontrent d’autant mieux qu’elles présentent deux manières différentes de concevoir l’écriture polyphonique. Car la texture à quatre voix, proche du motet, et la texture à trois voix, proche de la chanson, obligent le compositeur à traiter le matériau musical de deux manières différentes, confirmant que la texture à trois voix ne peut pas être simplement envisagée comme une réduction de la texture à quatre voix. Ces deux messes confirment que les talents de Johannes Tinctoris sont multiples : ils provoquent la raison tout en charmant l’oreille.


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